Merci Philippe !
Aurait-il laissé fuser son rire proverbial ? Aurait-il au contraire éclaté dans une des colères dont il avait le secret ? On ne le saurait jamais, mais on peut à coup sur estimer que le déferlement d'hommages qui lui sont rendus depuis l'annonce de son décès n'aurait pas laissé Philippe Seguin insensible.
De tous côtés de l'échiquier politique l'unanimité a ce parfum étrange que nous ne commenterons pas mais dans lequel nous préférons sentir ce qu'Henri Gaino espère déceler : "une grande leçon de politique et de morale".
L'histoire jugera cette leçon à sa juste valeur, mais nous sommes de ceux qui pensent que la voix de Philippe Seguin a occupé dans la vie politique des dernières décennies une place incomparable, la marque d'un homme de convictions, d'un homme libre, d'un véritable homme politique, d'un homme d'Etat, ce qui n'est pas rien à l'heure où tant confondent politique et communication. Cette voix à laquelle nous sommes attachés parce qu'elle exprimait mieux que beaucoup la voix du gaullisme social, la voix de Philippe Seguin, c'était celle de Louis Vallon, de René Capitant, de Jean Mattéolli, de Léo Hamon. Il vient de les rejoindre.
Nous avons partagé beaucoup de ses combats, de l'aventure des "rénovateurs" à la campagne pour la mairie de Paris. Nous étions à ses côtés dans l'élection présidentielle de 95, et les milliers de jeunes qui alors s'étaient rassemblés autour de lui dans le "RAP" ne s'y trompaient pas qui voyaient en lui un visionnaire du changement de notre société. Certains d'entre eux occupent aujourd'hui des postes de responsabilités politiques, puissent-ils rester dignes de son exemple.
Sa voix s'est éteinte. Pour autant les mêmes discours restent actuels, de la lutte contre la pensée unique à la dénonciation de la fracture sociale, en passant par le refus du Munich social et la place de la France dans le monde. Qui oserait prétendre que ces thèmes sont aujourd'hui dépassés ? Dans une société chaque jour plus individualiste, dans une économie dominée par la puissance financière, dans un monde qui voit monter de nouvelles grandes puissances, qui nierait qu'il faut plus de fraternité, que l'Etat doit plus jouer son rôle, que la France doit reprendre sa place ? C'est cela que disait Philippe Seguin, ce discours ne doit pas s'éteindre avec lui.
Rendons lui hommage, le grand homme qu'il était le mérite amplement.
Mais le plus bel hommage que l'on puisse lui rendre c'est de faire en sorte que sa voix ne s'éteigne pas. Tous ceux qui partagent ses idées le lui doivent. Ce gaullisme social qu'il incarnait dans l'esprit des Français, il faut qu'il continue à s'exprimer, plus que jamais; il faut que sa leçon soit enfin entendue.
Alors, et alors seulement, l'hommage sera réel, alors nous pourrons dignement lui dire "au revoir Philippe", et surtout "merci Philippe".