Bernard Biancarelli
Pour les 25 ans d'Albiana |
Portée sur les fonts baptismaux en janvier 1984, la maison d'édition Albiana a longuement arpenté les chemins de la création et de la connaissance en Corse pour présenter aujourd'hui un catalogue riche d'environ 400 titres, le plus fourni de toutes les éditions ayant jamais existé en Corse. Résolument régionaliste et généraliste, elle a mené deux combats éditoriaux d'importance, celui de l'appui à la langue, à la transmission et à la généralisation de la culture insulaire et celui de l'ouverture au monde. Elle couvre ainsi les champs de l'édition scientifique et patrimoniale, les champs de la création littéraire (romans, nouvelles, poésie) et artistique (photo, arts, peinture, musique), les champs de l'édition de loisir (cuisine, randonnée, nature) et l'édition pour la jeunesse . Entretien avec Bernard Biancarelli, Directeur de publication chez Albiana.
Bernard Biancarelli, quel bilan tirez-vous de ces 25 dernières années ?
25 années cela paraît long, mais vu de l'intérieur, c'est vrai que le temps est passé très vite. Et le temps c'est ce après quoi nous courrons encore aujourd'hui, sans pouvoir, ni vouloir s'arrêter. Un bilan est toujours un exercice difficile, nous préférons rester sur l'idée de la satisfaction d'avoir vu émerger, croître et se bonifier, une production culturelle qui était étique pour les raisons historiques que nous connaissons tous. Chaque ouvrage qui sort fut comme la conjuration d'un mauvais sort. une victoire sur l'oubli et la disparition d'une voix, d'une parole, d'une culture. L'écrit a contribué à marquer un peu mieux encore cette « prise de marque ». Mais le travail n'est pas fini (le sera-t-il jamais ?).
Depuis 1984, Albiana a acquis une place unique dans le paysage culturel insulaire et a su s'adapter à son époque sans perdre son âme. Comment l'expliquez-vous ?
Ce qui a gouverné la maison depuis 25 ans c'est deux choses qui sont toujours difficiles a obtenir : l'indépendance dans tous les domaines (économique, financière, dans les choix éditoriaux, etc.) et la qualité de ce que l'on propose à nos lecteurs. L'exigence ici n'est possible qu'à condition de travail et de correction de nos défauts.
Ce que vous appelez « âme » est sans doute la conjugaison de celle propre, multiple de nos auteurs et ce souci permanent de proposer à la société corse ce qu'elle produit en matière d'écrit de qualité. En restant sur ces grand axes, une identité s'est probablement forgée, perceptible aujourd'hui de l'extérieur.
A l'heure de l'arrivée imminente du livre numérique et de la librairie numérique de Google, comment les éditions Albiana envisagent-elle l'avenir ?
L'avenir du livre est assuré pour de longues années encore, ne serait-ce que parce que l'objet livre est encore entre les gens un objet d'échange, un lien physique. Chaque livre lu est investi par l'esprit du lecteur par une foule de « suppléments d'âme » qui n'appartiennent qu'à lui...la lecture le fait sien. C'est souvent ce qui fait que l'on ne jette pas un livre après l'avoir lu, mais que l'on le range soigneusement dans sa bibliothèque, ou qu'on l'offre.
Pour ce qui est de l'accès à la matière intellectuelle du livre, google, ebooks et autres nous nous y préparons bien sûr avec nos moyens. Nous préparons aussi la vente en ligne, au « page par page » de nos ouvrages. Les deux systèmes cohabiteront sans doute. Mais l'un ne va pas sans l'autre. Il n'est qu'à voir la piètre qualité des ouvrages proposés sur les sites du genre « faitesvotrelivretoutseul », pour comprendre que l'éditeur qui se trouve en situation de travail éditorial, d'accompagnement et qui prend à sa charge une amélioration qualitative de l'objet (numérique ou physique) proposé au lecteur demeurera nécessaire pour un bon bout de temps.
L'inquiétude vient plutôt d'un envahissement de la sphère des loisirs par des objets de consommation plus facile qui « mangent » simplement le temps des lecteurs potentiels. Nous lisons plus - sur nos écrans - , mais nous lisons moins - de livres - , c'est un effet paradoxal de la culture moderne, nous avons accès à une incommensurable culture générale et nous structurons moins en profondeur (l'une des fonctions majeure du livre).
Propos recueillis par Jeanne Bagnoli
De beaux livres à offrir.
Pour des idées cadeaux façon Albiana, voir la prochaine édition de notre journal (n°6293) qui consacre une page aux livres à offrir pour Noël.